Lundi 8 juin 2009 1 08 /06 /2009 12:30
Le projet de circuit révélé par le Courrier de l’Ouest le samedi  6 juin et la réponse du Président de la Communauté de Communes le lundi 8 juin

Circuit : on a trouvé le projet !  (6 juin)
Malgré les affirmations répétées de Jean-Charles Taugourdeau, le projet du circuit auto-moto de Beaufort-en-Anjou existe déjà. Un document confidentiel, que nous nous sommes procuré, l’atteste.

Christophe RICCI christophe.ricci@courrier-ouest.com                      Read me in English   

C'était sans doute le secret le mieux gardé du canton. Depuis le début de l'année, le discours officiel consiste à dire qu'il n'y a rien de prêt concernant le circuit. Nous sommes pourtant parvenus à nous procurer des documents qui prouvent le contraire. Le nom du circuit est déjà trouvé - « Anjou Mécapôle » - et le logo est prêt !
Un budget prévisionnel a également été établi. Son étude se révèle d'ailleurs fort intéressante et, reconnaissons-le, contradictoire sur bien des points avec le discours de Jean-Charles Taugourdeau.
Le budget prévisionnel s'équilibre avec 280 jours de remplissage par an ! Une occupation que très peu de circuits atteignent en France, si certains y parviennent. L'optimisme du porteur de projet, Jean-Claude Bruneau, se retrouve aussi dans les tarifs pratiqués : la location de la piste coûterait 4 500 € par jour en semaine et 8 500 € par jour le week-end ! Qui payera ce prix-là ? Sûrement pas les auto-écoles!
Commentaires d'un proche du dossier qui souhaite conserver l'anonymat : « Avec 200 dates par an, il ne paye ni ses salaires ni ses charges. Ce que dit en creux ce projet de budget, c'est que la collectivité devra payer ! J'estime que le déficit devrait se situer entre 1 million et l,5million d'euros par an ».

Autre point inquiétant sur le plan économique : aucune entreprise n'est prévue dans le budget ! « Le prévisionnel n'est pas en phase avec un projet de cette importance », commente encore notre interlocuteur. On soulignera aussi l'absence remarquable de toute mention environnementale : il n'y a pas la moindre référence à une éco-participation et pas une ligne sur le sujet dans le budget.

Des merlons de terre
Les propriétaires des terrains susceptibles d'accueillir le pôle mécanique seront ravis d'apprendre que Jean-Claude Bruneau a déjà estimé leurs terrains : 200 000 € pour 40 hectares ! Les riverains le seront tout autant quand ils connaîtront les systèmes antibruit prévus : « Des merlons de terre à usage des spectateurs et antibruit ». Il n'y a pas mention d'autres systèmes d'insonorisation.
Un manque d'autant plus dommageable que le porteur du projet a de grandes ambitions en terme d'accueil de public. Il prévoit ainsi huit événements annuels, notamment des courses de moto superbike, sÜpermotard et promosport, où il espère réunir de 1 000 à 30 000 spectateurs !

Il est probable que certains de ces éléments ne soient plus d'actualité aujourd'hui, le projet a vraisemblablement été rédigé avant qu'il soit rendu public. Néanmoins, cela pose encore de nouvelles questions quant à sa conduite. Beaucoup d'habitants, y compris parmi ceux favorables au pôle mécanique, ne comprendraient pas que la Communauté de communes s'engage dans un projet qui semble si mal ficelé et si cher.



Circuit de Loheac, le 22 février.
Si le circuit de Beaufort-en-Anjou n'existe pas encore, il a déjà un nom, « Anjou Mécapôle », et un logo!
Photo archives CO.


Jean-Claude Bruneau
directeur général du Mécapôle
Avant de refermer le volet économique intéressons-nous aux charges de personnel. Jean-Claude Bruneau devrait occuper la « direction générale » dont le coût est estimé à « 75 000 € » par an. Ce qui déduit des charges patronales équivaut à un salaire de 3 000/3 500 € nets par mois. Deux permanents, quatre agents de maintenance et deux personnes à l'accueil constitueraient le reste de l'équipe pour un coût global annuel de 315 000 € pour un total de neuf emplois. Aujourd'hui, selon le porteur du projet lui-même, le circuit générerait huit emplois.

C. R.

450 000 € le kilomètre de piste
Dans le projet que nous nous sommes procuré, la réalisation de la piste est évaluée à 7 790 000 €. Malgré l'ampleur du chiffre, il pourrait être largement sous-évalué ! Ce tarif ne comprend en effet ni l'entretien du circuit ni la mise en œuvre des dispositifs de sécurité (parking, voies d'accès, panneaux...). Ils ne sont tout simplement pas inscrits au budget, alors qu'ils se trouvent dans le projet où 'aspect sécurité est évalué à 1,5 million €. Ce pourrait être la part du Conseil général.
En terme d'entretien, Jean-Claude Bruneau estime qu'il faut compter 450 000 € par kilomètre de piste. Vu que le tracé devrait en compter trois, il faut donc ajouter 1,5 million d'euros tous les cinq ans pour l'entretien. Une autre absence dans le budget !

C. R.

  COMMENTAIRE                                                       
  La transparence et le mensonge

La constance de la posture. Depuis janvier, et l'annonce de l'existence d'un projet de pôle mécaniquè, on nous affirmait mordicus, la main sur le cœur et de la sincérité dans la voix - qui, certes, prenait de la puissance à mesure qu'on titillait un peu trop son propriétaire - que rien n'était calé concernant ce dossier. Que la localisation du site n'était pas arrêtée. Et que, évidemment, le coût prévisionnel du projet n'était pas fixé... Sur ce dernier point, le 14 mai dernier, sortant de son assourdissant silence, le promoteur Jean-Claude Bruneau avait clamé haut et fort qu'il ne « saurait » pour le moment évaluer le montant d'une telle initiative et qu'il n'avait aucune estimation à fournir. Vous avez dit foutaise ? A moins bien sûr que tout ait été pensé, évalué, chiffré et écrit noir sur blanc en un peu plus de deux semaines. Impensable !

A l'aune des révélations décrites ci-dessus, il est permis de rire... jaune devant une telle attitude hautaine et méprisante. On a menti aux électeurs contribuables, malgré l'insistance de certains d'entre eux qui ont parfois posé des questions sensées et non partisanes. On a du mal à saisir la portée d'un tel comportement, la transparence dans ce genre de dossier étant garante du bon fonctionnement de la démocratie. A propos de démocratie, on s'interroge d'ailleurs ouvertement pour savoir ce que pense la « majorité silencieuse » si chère à Jean-Charles Taugourdeau de la tenue pour le moins erratique de ce dossier.

Guillaume RAINEAU  


Pôle mécanique : la réponse en six points de J.-Ch. Taugourdeau  (8 juin)
Jean-Charles Taugourdeau, député-maire de Beaufort-en-Vallée et président de la Communauté de communes de Beaufort-en-Anjou, réagit à notre dossier paru dans l'édition de samedi.

1 Diffusion (1)
« Le document dont parle « Le Courrier de l'Ouest » a été diffusé en Conseil communautaire publique : c'était à Brion le 2 avril et le collectif était présent, ainsi que la presse. Ce n'est donc plus un document confidentiel, il est consultable dans chaque mairie de Beaufort-en-Anjou, y compris par la presse. Tout document diffusé en réunion publique devient public, également pour la presse. »

2 Les coûts
« Tous les coûts cités par « Le Courrier de l'Ouest » sont exacts par rapport au document présenté par M. Bruneau. A ce jour, aucun projet n'est arrêté par les élus, et tous les chiffres seront donc à revoir. Mais il n'est nulle part question que ce soit Monsieur Bruneau qui assume la direction générale du circuit. »

3 Une démarche
« J'affirme que ce document n'a servi et ne sert qu'à étayer la démarche envers les élus pour les décider de mettre à l'étude l'idée d'un pôle mécanique. »

4 Décision
« A ce que je sache, rien n'a été décidé par le Conseil communautaire, j'en veux pour preuve que l'intérêt communautaire n'a pas encore été décidé par le Conseil communautaire et les communes de Beaufort-en-Anjou (à la majorité qualifiée !). Seuls 5 000 € de frais de mise à l'étude ont été votés au Budget 2009 de la Communauté de communes. »

5 Le contribuable
« J'affirme plus que jamais je cherche à étudier toutes les idées (et ce sont les études par des experts qui disent si elles sont bonnes ou mauvaises) qui peuvent apporter des recettes fiscales à Beaufort-en-Anjou, pour qu'elle puisse continuer à développer des services à la population (enfance, jeunesse, personnes âgées, piscine couverte ...), sans trop augmenter les impôts. Il n'est donc pas question que ce projet puisse coûter de l'argent, que ce soit par absence de retour sur investissement ou pour des frais annuels de fonctionnement. Avec le projet de piscine couverte qui démarre en 2010, tout nouveau projet économique sur Beaufort-en-Anjou devra rapporter de l'argent et non en coûter au contribuable. Et le proche « bien informé » qui parle donc de déficit n'a pas dû assister à toutes les séances ! »

6 Calomnie

« Enfin, je confirme que je n'ai jamais menti à mes administrés depuis 18 ans que je suis maire ou président de Communauté de communes, et ce n'est pas au cours de ce mandat, qui est le dernier en tant que maire, que je vais commencer. Traiter de menteur un député-maire la veille d'un scrutin n'est pas très joli, même s'il n'est pas concerné directement par ce scrutin. Je ne pense pas que la calomnie soit la meilleure arme économique pour sauver la presse quotidienne régionale. »
(1) Les intertitres sont de la rédaction.


Par Collectif contre un circuit et un pôle mécanique
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